🐀 Comment Ne Plus Être Un Bouc Émissaire
Lameilleure manière de ne plus être bouc émissaire consiste à ne plus se taire, quel que soit celui ou celle qui se permet de porter un jugement injustifié sur vous. Bouc émissaire, pourquoi
62 La notion de bouc émissaire. moments de crise autoritaire comme le montre l’usage de discours politiques mettant en avant l’autonomie, la solidarité, la responsabilité. Ce fonctionnement idéal est rompu dans des toute forme de soumission à la tutelle de l’État et régie par des valeurs spécifiques comme politique et la
Lerisque majeur lorsqu’on tente de stopper soi-même un mécanisme de bouc-émissaire est de le renforcer ou de devenir le bouc-émissaire. Une première étape est d’abord d’être capable de repérer ce phénomène et les conditions qui favorisent sa mise en place. Le travail avec un tiers facilite cette première étape.
Eviterd'être bouc émissaire Pour éviter de devenir le coupable désigné d'un système, il faut - montrer qu'on va bien et avoir l'air alerte - témoigner d'une ouverture d'esprit mais tout en restant dans la norme - ne jamais paraître
Sacrifier signifie rendre sacré. – Le bouc émissaire (chargé de tous les péchés de la communauté) est une figure du livre de la Bible, le lévitique, XVI 10, 23 – La découverte, l’invention, du bouc émissaire permet de ressouder la communauté déchirée (on passe du tous contre tous au tous contre un) et même de renforcer ses liens, comme entre complices.
8Archambault, J-C et Mormont, C. (1998). Déviances, délits et crimes, Paris : Masson. 9 Oughourlian, JM. (2007). Genèse du désir, Paris : Carnets Nord.; 10 Laing, R.D. (1972). La Politique de la famille, Paris : Stock.; 11 Gaillard, B. (2017). Un bouc émissaire dans votre service ou votre famille, comment agir ? Mont-Sai ; 3 David ayant pu étonnamment
AgnèsBuzyn est le bouc-émissaire idéal. Tiens, n’est-elle pas Juive ? Si nous revenons à la tragédie actuelle, prenons la voie du psychodrame. Le Président Macron parle de guerre contre la plus grande épidémie depuis un siècle et donc depuis la grippe espagnole, 1918. Le mot n’est pas juste. Nous ne sommes pas en guerre. Si nous
Lesadhérents LR ne veulent plus des primaires : "Un bouc émissaire un peu facile" franceinfo. 1:39. Bruno Le Maire au JDD : "Ne prenons pas Amazon comme bouc émissaire" 1:05. Barcelone - "Pourquoi De Jong devrait-il être le bouc émissaire ?" s'interroge l'expert financier Maguire. Beinsports-FR. 0:50. Les patrons sont pris comme
Accèsplus rapide que le navigateur! Bouc émissaire ''The Scapegoat'' (''Le Bouc émissaire''), tableau de William Holman Hunt, 1854-1856 Un bouc émissaire est un individu, un groupe, une organisation, etc., choisi(e) pour endosser une responsabilité ou une faute pour laquelle il/elle est, totalement ou partiellement, innocent(e). 91 relations: Abel Pann, Affaire Dreyfus, Agnus Dei
Je2j. Nous pouvons faire le constat que notre monde est rempli de violence et que nous éprouvons des difficultés à vivre paisiblement. L’homme a en lui une dose de violence qui prend malheureusement souvent le dessus… Comment cela se fait-il ? Dans cet article, nous allons partir de l’hypothèse qu’une grande partie de cette violence est liée à la peur de ne pas exister » et que cela peut expliquer en partie le mécanisme du bouc-émissaire. Pour illustrer cela, prenons un exemple bien concret si on met 2 jeunes enfants dans une pièce avec uniquement 2 jouets, exactement les mêmes ; Que va-t-il se passer ? Après un petit temps d’observation, on peut constater que chacun des 2 enfants va vouloir jouer avec le même jouet et que cela va se terminer inévitablement dans des pleurs et des cris… Ces deux enfants expriment à leur manière un problème fondamental auquel nous sommes tous confrontés en chacun de nous, existe confusément mais ontologiquement la peur de ne pas être. Cette peur est ontologique car elle est constitutive de ce que nous sommes. Elle se situe au plus profond de notre être. Pour avoir l’impression d’avoir une place et d’exister, on va vouloir posséder ce que l’autre a. Quand le premier enfant a saisi un des deux jouets, le deuxième a perçu confusément ceci L’autre a un objet, il possède cet objet. L’autre EST puisqu’il a ce que moi je n’ai pas. Il existe Si je veux ÊTRE moi aussi, je dois avoir le jouet qu’il a Donc, je dois avoir ce qu’il a, comme cela, moi aussi, je serai… Cela peut paraître simpliste, mais ce mécanisme, cette peur de ne pas être est ancrée en chacun de nous peur de ne pas être considéré, peur de ne pas être regardé, peur de ne pas être apprécié, peur de perdre, … Toutes des peurs qui font partie de cette peur plus générale qui est la peur de ne pas être et qui amène beaucoup de souffrance. La majorité de nos blessures viennent de là et se manifestent quand on a l’impression de ne pas avoir de place, qu’on ne nous écoute pas, qu’on ne tient pas compte de notre avis ou qu’on vaut moins que les autres. On vit cela partout et à tous les niveaux dans notre famille, avec son conjoint et/ou ses enfants, au travail, avec des amis, etc. Une solution à cette peur de ne pas être » = avoir, pour mieux exister[1] Face à cette pauvreté d’être », on va chercher à imiter les autres. On va chercher à AVOIR la même chose qu’eux afin d’être reconnu ». On rentre dans du désir mimétique, comme l’exprime R. Girard ce qui compte, ce n’est pas tant l’objet qui est désiré mais plutôt le fait d’imiter le désir d’un autre. Tout désir est vu alors comme l’imitation du désir d’un autre. Et c’est ainsi qu’on va essayer que notre maison soit plus belle que celle de notre voisin; on va essayer d’avoir une plus belle voiture, un job où on gagne plus d’argent, un GSM plus performant, la femme de l’autre, etc. De TOUS CONTRE TOUS, on passe à TOUS CONTRE UN Et si deux individus désirent la même chose, il est certain qu’il y en aura bientôt un troisième, un quatrième, … qui voudront également la même chose. Nous percevons facilement la violence qui peut alors s’installer, alors que l’objet en lui-même est vite oublié. Les rivalités mimétiques se propagent, et le conflit mimétique se transforme en antagonisme généralisé où apparaît la jalousie, l’envie, la haine. Nous arrivons donc à une situation du TOUS CONTRE TOUS » où chacun s’oppose à chacun pour pouvoir affirmer son existence! Cette situation n’est tolérable ni acceptable pour personne, même pour le plus fort car on n’est jamais sûr de rester le plus fort et on a quand même besoin des autres. Ce n’est pas possible de vivre dans une violence perpétuelle non canalisée. Alors LA solution naturelle au tous contre tous », c’est le tous contre un ». C’est la seule solution qui existe pour que la paix revienne. Sans cela, c’est la destruction du groupe ! Le mécanisme du bouc-émissaire Si dans un groupe, dans la société, je peux charger une personne unique de tous les maux et l’exclure, si je peux convaincre les autres que tous nos problèmes viennent de cette seule personne, la violence va se réduire car le groupe va s’unir autour de cette personne. Ce mécanisme du bouc-émissaire est un mythe fondateur de notre façon de penser et d’agir! Faire porter par une seule personne la cause de tous nos soucis est une façon de faire que nous utilisons tout le temps Bart De Wever n’est-il pas la cause de tous les problèmes flamands/francophones ? Si Dieu existait, il n’y aurait pas tant de misère dans le monde !» Si nous avons tant de problèmes dans notre famille, n’est-ce pas à cause de tel enfant qui est insupportable et qui vit une crise d’adolescence qui fout en l’air toute la famille ? Si l’ambiance au travail est si mauvaise, n’est-ce pas à cause de mon patron qui est un véritable tyran et qui nous fait bosser comme des malades? Si je ne me sens pas heureuse, c’est à cause de mon conjoint qui travaille comme un fou et qui fait que je dois tout porter toute seule et que je n’en peux plus. Trouver un bouc-émissaire est une solution assez efficace car cela va permettre de retrouver la paix, de réunir le groupe, de recréer de la cohésion sociale. Chacun peut à nouveau exister dans le groupe, y trouver une place. De plus, comme cela semble résoudre le problème, n’est-ce pas la preuve que la personne désignée était bien la responsable de tous nos problèmes ??? Et bien NON ! Cette solution est insatisfaisante car le bouc émissaire n’est pas le responsable de tous les maux… Il n’est pas responsable de ma difficulté à EXISTER, de mon désir d’imiter le désir de l’autre. Cette solution est donc temporaire au bout d’un certain temps, les problèmes vont revenir et il faudra donc choisir une nouvelle victime ! Chacun va avoir peur de devenir le bouc émissaire. Du coup, chacun va rentrer dans le rang, pour éviter d’être identifié comme source des maux de la communauté. Au lieu de supprimer cette peur de ne pas être, la solution du bouc émissaire va juste renforcer » chacun à accepter de ne pas être, ou de ne pas être » de trop, de peur qu’en réclamant d’être on ne devienne… bouc émissaire ! Le problème de base reste donc entier. Nos ados illustrent parfaitement tout cela, bien sûr. Ils vivent dans la peur de l’exclusion et pour ÊTRE, ils se fondent dans la masse, s’habillant de la même façon, écoutant la même musique, jouant aux mêmes jeux vidéo, etc. Comment sortir de ce mécanisme ? Une première chose est bien sûr, de se rendre compte de tout cela, de réaliser notre soif d’exister et notre besoin d’avoir une place ! Il nous faut également prendre conscience que nos blessures d’enfance en particulier accentuent cette peur de ne pas être », ainsi que celle de ne pas oser être pleinement soi-même par peur de devenir bouc-émissaire. Quelques petits trucs concrets peuvent nous aider Se sourire chaque matin dans la glace et essayer de se dire 3 choses positives ou qualités ; Quand je me sens blessé, humilié, triste ; quand je sens un mauvais sentiment de revanche, de mépris, de haine, de volonté de blesser monter en moi, je peux accueillir cela et repenser aux 3 choses positives du matin ; Ne pas avoir peur d’oser dire ce que je pense, oser formuler mes attentes. Oser affronter un refus, ne pas craindre un heurt, en parlant en je » et de ce qui m’habite ; Lydia Dessain Conseillère conjugale et familiale et Thérapeute systémicienne. Je reçois à Court-St-Etienne Brabant Wallon, Namur et Bruxelles 0496/ [1] Théorie développée par René Girard Le bouc émissaire »
Nous sommes en guerre, nous a dit le chef de l’État. En guerre contre un ennemi invisible, insaisissable. Et dans ce type de guerre, lorsqu’il nous est impossible d’identifier l’ennemi, de le montrer du doigt pour orienter notre colère et l’affronter, il devient urgent, voir indispensable d’en identifier un. Les recherches montrent, que ce soit en philosophie ou en sciences comportementales, que deux conditions doivent être remplies pour que l’ennemi puisse prendre corps il doit faire partie de notre groupe de référence, un individu qui est proche, visible ; il doit avoir une caractéristique commune, qui nous permet de nous comparer à lui appartenir à la même catégorie socioprofessionnelle, à la même tranche d’âge, avoir une passion similaire, etc.. Dans votre immeuble, dans lequel vous passez votre temps à désinfecter les poignées d’entrée, habite une infirmière qui vous fait l’affront de rentrer chez elle tous les soirs, alors qu’elle a été exposée au virus toute la journée ? C’est la candidate idéale pour devenir bouc émissaire. Une fois identifié, ce caper emissarius sera exclu de votre groupe de référence et portera tous les péchés de la cité » en dehors de celui-ci. Vous serez soulagé qu’elle déménage. Car ce n’est pas la même infirmière que vous applaudissez le soir, à 20h. L’infirmière que vous applaudissez, vous ne la connaissez pas, elle ne fait pas partie de votre groupe de référence, elle, elle sauve des vies. C’est cette erreur d’identification du bouc émissaire que font la plupart des individus, quand l’ennemi est diffus et qu’aucun responsable n’a été désigné. Il est évidemment inacceptable d’exclure une infirmière innocente et de lui faire porter des torts alors qu’elle passe ses journées sur le front » pourtant certaines personnes ne peuvent s’en empêcher. Pourquoi est-il nécessaire pour ces personnes de désigner un bouc émissaire ? Quelles sont les solutions pour que leur colère reste contenue ? Parce que s’il n’est pas possible d’empêcher certaines personnes d’identifier des boucs émissaires, il est fondamental de limiter la portée de ces comportements antisociaux, voire destructeurs. Déléguer, un art machiavélique ? En temps de crise, il n’y a parfois pas d’autre choix pour les décideurs que d’engager des réformes impopulaires, telle que l’instauration du confinement, quitte à perdre la confiance ou le soutien d’une partie de la population. Cependant, nos recherches montrent que le fait de déléguer la responsabilité d’une reforme impopulaire est efficace en termes d’acceptation Nicolas Machiavel décrivait il y a cinq siècles les mérites de cette solution. Dans son chef-d’œuvre, Le Prince 1532, Machiavel écrit, Les Princes devraient déléguer à d’autres l’adoption de mesures impopulaires… ». Comment appliquer ce conseil sans être… machiavélique ? Pour un chef d’État, il est plus simple de soutenir que les choix sont imposés par la technocratie » Commission européenne, OMS, ou comité d’experts, par exemple. Pour un chef d’entreprise, le gouvernant est le bouc émissaire idéal. Il est toujours facile de renvoyer à un bouc émissaire de responsabilité plus haute. Une autre stratégie peut-être mise en place la littérature traditionnelle a déjà étudié le choix d’engager un délégué pour agir en son nom en insistant sur les asymétries d’information ou d’expertise, sous prétexte d’efficacité. Nous avons complété cette analyse en montrant que les décideurs ont occasionnellement recours à la délégation pour faire porter le chapeau » et échapper à leurs responsabilités », en atténuant le jugement négatif attaché à une reforme impopulaire. La délégation dégage le principal décideur de ses responsabilités et permet de préserver son image, le mécontentement étant dirigé vers le bouc émissaire. La tentation pourrait alors être, pour un décideur manipulateur, de prétendre qu’il a délégué la décision, afin de récolter les avantages liés au transfert de l’autorité, tout en prenant en réalité lui-même la décision. Il utilise alors un faux » délégué comme bouc émissaire. En l’absence de bouc émissaire, il peut aussi simplement laisser porter le chapeau à quelqu’un d’innocent qui a été identifié par les individus par effets de proximité. La violence des individus étant focalisée sur cette personne-là, le décideur peut continuer à agir souvenez-vous du métier de Benjamin Malaussène. Stratégie de fausse délégation Dans nos recherches, nous avons étudié si les individus en charge de prendre des mesures impopulaires étaient capables de mentir au sujet de la délégation ; si les boucs émissaires acceptaient leur rôle ; enfin, si les individus touchés par la réforme impopulaire l’acceptaient plus facilement si elle venait non pas de leur décideur habituel, mais d’un délégué. Nous avons montré qu’un nombre significatif d’individus adoptent la stratégie de la fausse délégation », affirmant qu’ils délèguent la prise de décision, tout en la prenant eux-mêmes. Cependant, un nombre non négligeable de délégués refusent d’occuper le rôle moralement ambigu de bouc émissaire car ils ne veulent tout simplement pas être les complices d’une proposition injuste. Enfin, nous avons observé que la présence d’un bouc émissaire canalise la colère tout en permettant une meilleure acceptation de la mesure. Montrer du doigt un faux bouc émissaire est donc immoral et injuste, mais certaines personnes peuvent en tirer des bénéfices, notamment en période de crise. On en arrive à croire que ce type de comportement serait moins condamnable lorsque la mesure est impopulaire mais nécessaire. Comment s’assurer que les coûts sociaux sont contenus et que le bouc émissaire n’est pas l’objet de violence ? Limiter le phénomène Les décideurs doivent jouer sur les deux dimensions nécessaires à l’identification du bouc émissaire le groupe de référence et la caractéristique qui nous en rapproche. Par ailleurs, ils doivent prendre en considération la recherche de contrôle de certaines personnes. Face à la situation stressante que nous connaissons, avec un virus invisible, diffus et dangereux, certains individus pourraient être tentés de chercher à contrôler pour se rassurer et se redonner une sensation de contrôle. S’ils n’ont pas de contrôle sur le virus ou les actions du gouvernement, ils pourraient donc être tentés de chercher à contrôler le fait que l’infirmière déménage. D’abord, en élargissant notre groupe de référence il ne faut plus que celui-ci se limite à nos voisins proches, il faut que les individus puissent comprendre que tout le monde peut faire partie de leur groupe de référence. Les infirmières qui sauvent des vies devraient avoir plus de visages, pour qu’on puisse les intégrer dans le groupe de référence, pour qu’on comprenne que le groupe social est large. Ceci nous permettrait de comprendre que notre voisine fait partie de ce groupe vertueux et ne plus l’identifier comme bouc émissaire, mais de mettre en avant le lien social, qui nous rend plus coopératifs. Enfin, la comparaison devrait se faire à partir d’un comportement exemplaire l’effort, justement, que font les infirmières, par exemple. C’est plutôt ce comportement devrait être mis en avant, et pas les violences faites à ces mêmes infirmières. Mais alors, qui sera le nécessaire bouc émissaire ? Il faut œuvrer à remonter et assumer la décision au niveau le plus élevé plus elle est éloignée de nous, plus la décision est acceptable. C’est de cette façon que l’on peut limiter la volonté et l’illusion de vouloir reprendre le contrôle. La responsabilité doit remonter là où les décisions sont réellement prises, et ceci doit être communiqué clairement… ce qui empêchera logiquement les individus de se tourner vers des innocents.
Plus je lis René Girard et plus je trouve que sa vision colle à notre monde. En très simplifié sa thèse fondamentale est que les groupes humains gèrent leur violence naturelle, inévitable, nécessaire à la survie, par le recours à un objet qui sert d’exutoire le bouc émissaire. Cette notion de bouc émissaire est issue de la tradition juive. Le bouc est supposé porter sur lui tous les péchés d’Israël, et sa mise à banc produit un effet d'expiation, ou d’attribution du bien à ceux qui le condamnent. Quand une foule hostile rejette un membre de sa communauté ou une communauté entière, cela signifie que cette foule s’attribue le bien et projette sur le membre rejeté le mal. En rejetant le mal », on se place automatiquement du côté du bien ». Le bouc émissaire est quelqu’un à qui une communauté attribue la cause du mal. On rejette sur lui nos erreurs ou nos insuffisances et on lui en fait porter la responsabilité. Il est tellement plus simple, pour se sentir pur, de déclarer les autres impurs. Les juifs ont été collectivement le bouc émissaire des sociétés européennes pendant des siècles. Le bouc émissaire doit payer, et en général il paie de sa vie, qu'il soit coupable ou innocent. C’est la méthode la plus sûre pour éliminer toute contestation de son rôle de méchant », et pour éviter d’être soi-même mis en cause dans notre rôle de gentils » ou de purs ». Peut importe de sacrifier un innocent. Un coupable est d'ailleurs en partie innocent il n'est coupable que parce que nous avons des failles, mais il est innocent de nos failles. Il n'est de voir que le désir d'aggravation des lois répressives après chaque crime sexuel ou crime commis contre des enfants, et les marches blanches organisées dans ce dernier cas. Blanches comme la pureté que nous voulons nous-mêmes endosser pour colmater nos failles et dire bien haut "Non, nous nous dédouanons de ce crime", laissant l'entièreté de la noirceur aux criminels. Il n'y a guère que pour certains infanticides maternels que la communauté dédouane la coupable, inventant une maladie de "déni de grossesse". Cette maladie réduit la responsabilité et donc l'horreur du crime, comme si la fonction maternelle devait être préservée qui qu'il advienne de l'opprobre du "mal". Quelqu'un fait le mal tue mais ce n'est pas de notre faute. L'auteure du crime ne peut donc servir de bouc émissaire. Une communauté peut fabriquer des coupables. Sacrifier un vrai coupable n’a qu'une fonction libératrice limitée, car après tout c’est normal. Mais fabriquer un coupable dans le but de lui attribuer l'origine de nos maux active puissamment le moteur de l’expiation qui nous valide dans l'hypothèse que nous sommes portés par le "bien". Hitler l'avait bien compris. Plutôt que de laisser une société être dévorée par sa violence, violence qui peut se tourner contre elle-même la criminalité n'étant qu'une des formes de désir frustré qui génère une violence anti-sociale, il est plus économique de diriger la violence vers un objet et de trouver un responsable qui endosse le mauvais rôle et assume la punition. Une origine de cette violence, selon Girard, est le désir mimétique, c’est-à-dire le fait vouloir ressembler à l'autre ou à défaut de désirer ce que l’autre possède et de s’en approprier pour être semblable à lui. Si votre voisin possède une voiture alors que vous n’avez qu’un scooter, l’envie de la voiture viendra très probablement. La grosseur de la voiture étant ensuite un signe de reconnaissance sociale, de puissance, et donc objet de désir et désir de ressemblance qui ne préfère pas être puissant et autonome plutôt que faible et dépendant ?. L’envie a un autre nom l’admiration. Dans l’admiration on attribue à l’autre des qualités d’être que l’on ne se sent pas posséder. Un chef de guerre provoque l’admiration par un fait d’arme plein de bravoure. Un Gandhi provoque aussi l'admiration par son engagement et sa philosophie. Ce faisant il prennent une forme d’ascendant sur ceux qui les admirent. Il sont des modèles à atteindre. Mais on ne peut pas être » l’autre. L’admiration suppose presque inévitablement une forme d'impuissance personnelle en comparaison du modèle. Elle s’oriente alors vers l’envie de posséder les mêmes biens que lui. Quand c’est impossible l’admiration se transforme en haine, et l’on trouve peu à peu à l’idole des défauts qui en font un être méprisable. On lui attribue aussi nos propres malheurs. Le puissant n’est aimé que quand on peut l’utiliser pour se protéger, pour lui ressembler ou quand il nous gratifie d’un peu de sa puissance. Quand il ne nous gratifie plus assez de ses largesses argent, considération, amitié il devient un ennemi. Le bouc émissaire se recrute principalement parmi les gens que l’on a admirés ou enviés. Notre impuissance à être eux en fait peu à peu des adversaires. Le modèle que l'on admire est forcément un jour un obstacle, à moins de perdre sa qualité de modèle. Mais s’il perd sa qualité de modèle il ne mérite plus notre admiration, et notre moteur de l'envie ne se met pas en route. Quel que soit le besoin que certains peuvent avoir d’être un héros besoin de reconnaissance, de se prouver sa valeur, de revanche, de coller à un mythe, d'obtenir du pouvoir, etc, ils ont tout pour devenir des boucs émissaires s’ils persistent à alimenter ce besoin. Certains espèrent s'affarnchir du sort peu enviable du bouc et demeurer à jamais objets d'admiration et détenteurs de puissance. Mais être un bouc émissaire et réussir à démonter le mécanisme de victimation n’est pas si facile. Le mythe s’y oppose. Or la victime innocente rejoint le mythe et s'en alimente en même temps qu'elle l'alimente. Le mythe nous dépossède de nous-mêmes. Quel pouvoir avons-nous alors sur notre propre destin ? Où est notre liberté dans ce processus ? On peut bien sûr éviter de devenir bouc émissaire. Mais d'une part cela se passe malgré nous, et d'autre part si l'on y parvenait, aux prix de quelles contorsions et compromissions faudrait-il le payer ? Dans le christianisme, le personnage de Jésus est typique du mécanisme mimétique et victimaire décrit par René Girard. Il devient bouc émissaire mais en survivant à la crucifixion selon la croyance chrétienne il défait le mythe, qui ne peut s’accomplir normalement. La victime rejetée devient le guide d’un nouveau comportement, où l’expiation collective grâce au bouc émissaire ne fonctionne plus. Pourtant notre société produit encore des boucs émissaires. Mais elle développe simultanément, et de manière inverse, un culte de la victime, cela peut-être depuis que Jésus, "l'agneau de Dieu", a fait de la victime sacrificielle un accablement pour le monde et non plus une catharsis ou une possibilité d'expiation et de libération. Ce culte n’est que l’envers du binôme bourreau-victime. La simultanéité des deux productions conduit à une confusion majeure des valeurs, dont notre époque est représentative. On pourrait presque dire que malgré la régression de l'influence de la religion, notre époque est plus chrétienne que jamais. Les puissants d’aujourd’hui sont toujours admirés, toujours détestés, toujours jalousés. Mais s’ils deviennent victimes ils induisent la production de nouveaux puissants car nulle société ne peut fonctionner sur les traces de la victime. Etre victime ne peut être qu’un statut temporaire, pas une norme générale. Un autre aspect de ce désir de ressemblance, ce désir mimétique, est qu’il fonctionne forcément avec une différence. La différence entre deux puissants est nécessaire pour que l’un envie ou admire l’autre. Les puissants pouvant être des chefs politiques comme des chefs d’ateliers ou un grand frère le même mécanisme se reproduit à tous niveaux. Si deux individus ont le même niveau de puissance ou de richesse, le moteur d’évolution de la société se grippe. L’indifférenciation sera tôt ou tard confrontée à une nouvelle violence à cause d'un nouveau désir car le désir est inhérent à l'humain dont on ne connaît pas la nature donc les ravages possibles. La différenciation est une condition de développement du vivant comme la différenciation sexuelle, pas exemple. Elle sert aussi à préserver un ordre social où la violence est canalisée. De la nécessaire différenciation à l'inégalité, le pas est souvent franchi, alors que les deux notions ne sont pourtant pas du même ordre. Mais l'indifférenciation est-elle viable socialement ? Une société égalitariste tiendrait-elle la longueur alors que les êtres sont différents en talents, capacités, désirs ? Et l'inégalité est-elle obligatoirement cause de domination et d'oppression ? La thèse de Girard semble laisser entendre qu’une société égalitaire produirait tôt ou tard une violence inconnue et par là incontrôlable. Dans l'indifférenciation, la dynamique si puissante du désir et de l’envie, qu’il rattache à la nature humaine, n’aurait plus de cadre pour s’exprimer. Mais, ayant identifié cette dynamique mimétique comme source de violence injuste le bouc émissaire, n'est-il pas souhaitable de la désamorcer ? Et si oui, comment ? Désamorcer cette dynamique suppose une démarche personnelle de soustraction au mécanisme de l’envie, de l’admiration, de la jalousie et du reproche. Commencer donc par refus d'admirer ou d'être admiré. Une telle démarche est-elle possible individuellement, sans une validation collective du constat d’épuisement du désir mimétique, de l'envie, et de l'inévitable jalousie qui s'en suit épuisement qui nécessite la présence de l'autre pour être réel et vérifiable ? S’il faut une validation collective, sur quelle base et dans quel cadre peut-elle se faire pour remplacer le rôle des religions, qui avaient cette fonction, mais aujourd’hui devenues obsolètes dans leurs rites et croyances cosmogoniques ? La réflexion sur les thèses de René Girard amène des clés à la fois dans la lecture de la société et dans la lecture de mon propre itinéraire. Ce qui me convient bien car je ne puis imaginer une transformation sociale sans que l'individu soit lui-même objet d'une transformation préalable. Je crois plus à la société formée par les individus regroupés et responsables de ce qui les habite qu'à l'individu formaté par la société et donc irresponsable. L'individu responsable n'est plus ni bourreau ni victime. Un chemin qui bouscule la plupart des rapports humains et des mécanismes relationnels.
comment ne plus être un bouc émissaire